05 juillet 2009
Le boudoir (gballand)
Dans le petit boudoir de Mademoiselle, elle s’était souvent endormie de fatigue, mais c’était il y a longtemps, quand elle jouait les chaperons à la demande de sa mère.
Maintenant, elle a 17 ans et elle se tient très droite dans le petit boudoir de Mademoiselle, car Mademoiselle l’observe sous toutes les coutures et lui dit d’une voix cérémonieuse.
- Ma petite, l’heure est venue. Ne bouge pas ! et elle s’éclipse dans un envol de frou-frou étourdissant
Elle aurait voulu l’interroger, mais Mademoiselle est pressée. Dix minutes plus tard, le visage radieux, Mademoiselle pénètre dans le boudoir avec un homme - un lointain cousin précise-t-elle – puis elle referme la porte sur eux.
Après un toussotement gêné, l’homme rompt un silence devenu pesant.
- Mademoiselle m’a dit que Madame votre mère souhaitait vous voir mariée.
Elle, mariée, comment avait-on pu parler de son mariage et ne pas l’en aviser ? Elle regarde l’homme un peu rougeaud dont le col trop serré comprime la chair abondante du cou. Mon Dieu, comme il est gauche ! Et comme il est cocasse : chacune de ses inspirations semble menacer de faire sauter les boutons de son gilet guindé qui cache à grand peine un embonpoint préoccupant.
Contre toute attente il s’approche d’elle. La jeune fille recule, surprise. Il lui prend la main. Elle la lui retire brutalement. Il s’approche à nouveau. Elle se retrouve immobilisée contre le mur du boudoir, du côté opposé à la porte. Ahanant, il plaque alors son gros corps congestionné contre le sien, si délicat, et c’est à ce moment-là qu’elle crie ; un cri d'effroi qui résonne de la cave au grenier.
Quand Mademoiselle arrive, elle découvre horrifiée l’homme raide mort aux pieds de la jeune fille. Elle hurle :
- Jeanne qu’avez-vous fait ? Qu’avez-vous fait mon dieu ?
Et la jeune fille répond calmement :
- J’ai crié Mademoiselle, voilà tout.
PS : texte écrit dans le cadre de l’atelier des « impromptus littéraires »
04 juillet 2009
Faire plaisir ? (gballand )
- Fais-moi plaisir !.
- Donne-moi une bonne raison de te faire plaisir !
Il resta silencieux un instant et finit par lui dire.
- Tu es ma femme, non ?
Elle lui claqua la porte au nez. Voilà 7 ans qu’elle lui faisait plaisir sans plaisir.
PS : Ne manquez pas de regarder la bande annonce du film « Fais-moi plaisir » d’Emmanuel Mouret, vous ne le regretterez pas… Ce badinage amoureux, qui fait un peu penser aux films de Rohmer, est infiniment drôle et léger.
03 juillet 2009
Entrée interdite (gballand)
Sur le blog « Je-double », un texte de G. Balland – Entrée interdite - illustré par P. Cassagnes ( www.sucrebleu.com )
Mais regarde ! (gballand)
- Regarde-la ! Mais regarde-la, je te dis ! fit-elle à moitié hystérique.
Il ne voyait pas de quoi elle voulait parler, alors elle s’énerva.
- T’es aveugle ou quoi ? Tu la vois pas la chauve-souris ? Elle est géniale, non ?
Il allait encore falloir qu’il s’exclame, qu’il s’extasie, qu’il s’exalte et s’il ne le faisait pas elle le lui reprocherait à coup sûr. Il en avait un peu assez de faire semblant.
Il se rendit compte que cette chauve-souris, indifférente à ce qui l’entourait, lui faisait un peu penser à lui, à ce qu’il voudrait être et ne pouvait pas être à cause d’elle…
PS : texte écrit à partir de cette photo gentiment prêtée par Pierrick. Pour voir son blog : http://croklaphoto.over-blog.com
02 juillet 2009
Canicule (gballand)
Depuis que le thermomètre ne décollait pas des 30 degrés à l’ombre Paulette, retraitée depuis 15 ans, passait ses après-midi au supermarché. Elle s’arrêtait au rayon « produits frais », installait sa chaise pliable ultra-légère dans un petit coin entre les packs de lait et commençait sa lecture de Paris Normandie.
Si jamais le chef de rayon s’avisait de lui faire une remarque, elle avait une réponse toute prête : ne connaissait-il pas le « plan canicule » ?
01 juillet 2009
La visite (gballand)
Elle n’avait pas eu d’éducation religieuse et n’allait jamais à la messe, mais les églises lui étaient aussi indispensables que l’eau aux plantes. Ce qu’elle aimait par-dessus tout, c’était les livres sacrés.
Dès que son regard en effleurait les pages, elle ressentait un orgasme mystique. Un jour, elle avait même frisé l’évanouissement en s’approchant d’un lutrin où les notes inscrites sur les portées lui étaient apparues comme autant de larmes du Christ sur la croix.
C’est en pénétrant dans la chapelle Notre Dame du Saint Sacrement, quatre mois plus tôt, qu’elle vit un ange qui voletait au-dessus des cierges, tout de blanc vêtu. Il lui parla longuement mais elle n’en toucha mot à personne, à quoi bon ? on l’aurait assaillie de sarcasmes.
Depuis, elle n’était plus seule mais deux, et son corps lui paraissait de plus en plus étroit…
PS : texte écrit à partir de cette photo gentiment prêtée par Pierrick. Pour voir son blog : http://croklaphoto.over-blog.com
30 juin 2009
La forêt argentée (gballand)
Sur le blog « Je-double », un nouveau photomontage de P. Cassagnes (www.sucrebleu.com), illustré par un texte de G. Balland : La forêt argentée.
La carrière (gballand)
Le commissaire divisionnaire referme le dossier, presque soulagé, il a un coupable tout trouvé. Ça tombe bien, l’enquête doit être bouclée au plus vite. Le Ministre veut des résultats.
- Et surtout, pas d’états d’âme, a tranché le Directeur de cabinet lors de l’entretien qu’il a eu avec lui.
Soulagé par la tournure que prennent les choses, le commissaire téléphone chez lui afin de rappeler à sa femme que, le soir même, elle doit porter cette robe rouge qui lui va comme un gant. Ne lui a t’on pas fait comprendre, en haut lieu, que les épouses représentaient un atout non négligeable dans la carrière de leurs maris ?
29 juin 2009
Décalage (gballand)
Il avait des mains de brute, elle des doigts de fée. Leur union ne dura pas ; qui s’en étonnera ?
28 juin 2009
Les anglais (gballand)
On était au rayon surgelé du supermarché et elle m’avait demandé où je partais pendant mes vacances ; je lui avais répondu simplement.
- En Angleterre.
C’est à ce moment-là qu’elle m’a servi sa diatribe sur l’Angleterre et les Anglais.
- Comment ? Me dis pas que tu vas filer du fric à ces égoïstes qui veulent même pas de l’euro et qui sont même pas capable d’aligner deux mots en français ! Ya pas pire qu’un anglais ! Enfin si, deux anglais !
Et en plus, elle se trouvait drôle. Je savais que deux ans plus tôt elle s’était séparée de son mari qui était anglais. J’imagine qu’elle lui en voulait encore et que l’Angleterre servait à épancher sa poche d’humeur maritale. J’ai voulu passer au rayon « produits frais », mais elle a bloqué mon chariot de son corps et a rajouté.
- Et tu sais qu’en plus ils baisent mal, les Anglais ?
J’ai rétorqué, gênée.
- Mais, mais … j’y vais pour faire du tourisme !
- Je me doute, a-t-elle répliqué, mais si l’envie te prenait je te les déconseille formellement.
A ce moment-là, j’ai empoigné fermement mon chariot et j’ai commencé à faire mine de partir, mais elle n’avait pas fini son pamphlet anti-Anglais.
- Tu sais que j’ai été mariée à un Anglais ?
- Oui, bien sûr, puisque vous étiez venus manger à la maison tous les deux.
- C’est pour ça que je peux en parler en connaissance de cause. Il n’y a pas de peuple plus autiste et plus coincé que les Anglais. Et puis leurs hôtels ! Leurs hôtels c’est de la merde, sans parler de leurs transports en commun…
La situation devenait on ne peut plus embarrassante ; elle parlait de plus en plus fort en faisant de grands moulinets avec ses bras. J’ai soudain trouvé une porte de sortie.
- Tu sais que je vais me marier ?
- Non, je l’ignorais. Et avec qui ?
- Avec un anglais.
J’ai vu son corps se ratatiner et son visage se décomposer ; j’en ai profité pour battre en retraite.
* texte écrit dans le cadre des ateliers des « impromptus littéraires »